Le retour du « Grand caillou »
Dans un tout récent communiqué, nous disions de Christophe Blocher qu’ « il manipule les
auditoires et détourne les symboles. »1 Il semble, en effet, que ce bonhomme que d’aucuns
nomment le « tribun zurichois », sache convaincre par des idées xénophobes et réductrices, une
assemblée… d’UDC. On prête également à Christophe Blocher et ses petits copains de faire
profit d’événements historiques, de « détourner les grands rendez-vous historiques » et de les
utiliser sans arrière-pensée ni mauvaise conscience dans leurs campagnes politiques.
Nous ne savons pas si M. Blocher est beau joueur. Mais c’est certainement avec intérêt qu’il
prendra connaissance de ce qui suit : d’abord, comme patriote à la petite semaine, champion des
fêtes de lutte et autres rassemblements populaires ; ensuite, comme grand glorificateur de
symboles et d’événements historiques ; enfin et surtout, comme ministre fédéral en charge du
dossier jurassien.
1. Le rapt de la Pierre d’Unspunnen
Ce matin, des inconnus se sont emparés de la fameuse « Pierre d’Unspunnen » qui était exposée
dans le pavillon d’un hôtel à Interlaken. Un pavé avec l’emblème du Jura a été laissé sur place. La
signature est évidente. C’est celle de militants jurassiens.
Il faut rappeler qu’il y a une semaine, le Groupe Bélier se rendait à Interlaken, dans les locaux de
l’Office du tourisme. Trois valises vides y étaient déposées et une déclaration y était lue.
Distribuée abondamment sous forme de tract en allemand et en français, celle-ci disait
notamment que la « Question jurassienne ferait partie des prestations touristiques des régions
au bénéfice de cette nouvelle loi [sur le tourisme]. »2 Aujourd’hui, au vu de ce qui s’est passé,
Interlaken et sa région, l’Oberland, ont appris à leurs dépens ce que concrètement cela signifiait !
2. La force d’un symbole
La Pierre d’Unspunnen a fait tout au long de son histoire couler passablement d’encre. En
particulier, dès le moment où ce monument du folklore helvétique a été pris en otage en 1984
par des militants jurassiens. Dès lors, la pierre a fait partie du combat jurassien jusqu’à ce jour
funeste, il y a de ça exactement quatre années, lors du traditionnel Marché-Concours, de vieux
béliers mal inspirés – par le grand ambassadeur et pirate J.-F. Roth, tiens, tiens ! – ont cru bon de
la rendre à l’ambassadrice de charme de service. C’était Escrocs.02 ; tout est dit!
À propos d’événements historiques et de force du symbole, il faut mentionner que la pierre allait
en septembre, lors d’une « unspunnerie » bien relevée, fêter son 200e anniversaire. C’est en
effet en 1805 qu’elle fut lancée la première fois, puis à intervalles réguliers, tous les 20 à 25
ans, lors de ces kermesses populaires, célébrant la vigueur du peuple montagnard, son esprit
d’indépendance et son génie propre. Il fallait et il faudrait encore selon certains esprits que nous
nous assimilions et nous identifions à ce grotesque carnaval, à ces jodles de contentement qui,
au travers des Alpes jusqu’aux confins du monde, disaient que le peuple suisse était le meilleur !
Mais plus tordantes, pour nous pauvres incrédules, sont les vertus « magiques » de la pierre.
Comme pour exorciser on ne sait quel mal, il apparaît à l’analyse que la pierre fut lancée à chaque
fois qu’une situation d’incertitude ou une période de troubles prévalaient en Suisse. Du coup, ce
rite tribal ancestral, calmait les anxieux, éloignait les guerres, évitait les invasions… En ce début
de millénaire, alors que manifestement peu ont foi en l’avenir et que beaucoup doutent de leurs
capacités, craignent l’étranger et se replient sur eux-mêmes et leurs traditions, des militants
jurassiens leur substituent leur amulette, leur talisman, leur pierre philosophale, bref la pierre
d’Unspunnen. Caramba ! La pierre a de nouveau disparu. C’est la catastrophe nationale. D’ores et
déjà, à lire leur communiqué, la police bernoise est sur le pied de guerre : avis de recherche,
alerte générale, tout y passe. Et tout ça, pour un cailloux !
Ce soir, on peut facilement imaginer la question qui est sur toutes les lèvres : sans la pierre, que
vais-je devenir? Pour nous, peu importe. L’important est de savoir ce que va devenir le Jura.
3. La rançon
Il est évident que la pierre d’Unspunnen est à nouveau en mains jurassiennes. La traîtrise
historique commise en 2001 est réparée. De retour à la case de départ, nous redonnons à cette
pierre sa signification jurassienne : « Vos Excellences de Berne, si vous voulez revoir votre pierre,
entière, il faudra casquer ! Le peuple jurassien exige sans conditions la libération du Jura-Sud de
la tutelle bernoise. »
La mise en place de la nouvelle loi bernoise sur le tourisme a montré une énième fois de manière
éclatante le peu de cas que fait le Canton de Berne du Jura-Sud : l’Ours ne se soucie guère des
intérêts jurassiens. Les années passent et le constat reste le même : point de salut pour le Jura-
Sud dans le Canton de Berne.
Une fois de plus, la question jurassienne empoisonne le ronron fédéral. Nous laissons le soin à
Christophe Blocher de mûrir et méditer soigneusement ces événements. Dans la déclaration lue
la semaine passée, à Interlaken, nous proclamions : « Nous n’amenons pas seulement les valises
vides de Jura bernois Tourisme. Pour une fois, nous changeons les rôles. Ce sera le visiteur qui
vous laissera un « souvenir inoubliable » de sa région. Vous aurez tout loisir d’apprécier ce que
peut vous rapporter une action touristique bien ciblée. Vous verrez à l’usage que nous saurons
soigner vos relations publiques et votre image de marque. Et d’un grand cri du coeur, vous vous
exclamerez : Ah ces damnés de Jurassiens ! »
La lutte continue. Vive le Jura libre de Boncourt à La Neuveville !
Groupe Bélier